Analyser Michael Jackson : un crève-cœur?

On m'a souvent demandé si le fait d'avoir analysé Michael Jackson, ou plus exactement son œuvre, n'a pas tué en moi l'émotion et la magie ressenties à son écoute. C'est une question sans doute légitime, puisque moi-même je l'avais posée, au début de mes études, à une universitaire qui avait travaillé sur lui dans un autre domaine.

L'analyse neutralise-t-elle l'émotion, fane-t-elle la fraîcheur et l'innocence d'une écoute ou d'une approche purement naturelles et instinctives ?

Zoom sur une ambiguïté, voire une mise en opposition qui font souvent peur.


Quand on pense analyse, on pense graphiques, courbes, statistiques... parfois même, pour les plus critiques, bistouri, scalpel, autopsie... On pense froideur, recul, neutralité, voire distanciation, certes discernement, mais surtout un sens critique dans lequel la critique aurait plus de valeur que le sens... Certes, il en faut. Sinon, les résultats de l'analyse ne peuvent qu'être faussés par les sentiments, la subjectivité, pire ! l'aveuglement.

Analyser les chiffres du chômage ou l'évolution du PIB est une chose, car les sentiments n'entrent, a priori, pas en jeu. Mais qu'en est-il lorsqu'on se met à décortiquer une musique ? Une musique qui vous émeut, qui vous parle, qui est créée et émise par un artiste qui vous touche ? Il s'agit bien là de "quelque chose" qui anime (qui touche à l'âme) et qui est vivant !


Faut-il se couper des sentiments pour faire une bonne analyse ?


La question est simple à formuler, mais est-elle simple à mettre en œuvre ? Met-on le même cœur à l'ouvrage, le même entrain et le même souci de "vérité" lorsqu'on analyse un sujet qui nous touche ou un sujet qui est neutre ? Dans mon cas, la question ne s'est pas posée. J'aimais Michael Jackson et son œuvre bien avant de l'analyser. Mieux : c'est parce que je l'aimais terriblement, qu'elle me subjuguait et m'intriguait, que j'ai choisi de l'analyser. C'est aussi pour ces mêmes raisons que j'ai choisi une problématique qui m'a semblé "juste", c'est-à-dire fondée et ne me suis pas lancée dans une analyse pour une analyse, comme on peut le voir parfois, pour faire coller Michael à des idéologies auxquelles il était étranger.

La justesse d'une analyse ne me semble pas forcément être garantie par l'absence d'implication émotionnelle ou affective. Peut-être celle-ci complique-t-elle un peu l'approche car il convient de dissocier le reptilien du cartésien, les sentiments des faits, mais il me semble qu'elle peut être une alliée de poids pour fournir un travail loyal et de qualité, qui fasse honneur à son objet.


Analyser Michael Jackson vous coupe-t-il de vos sentiments ?


On m'a souvent posé la question et j'ai même parfois entendu dire : "certains analysent, moi j'écoute avec le cœur"... De quoi ont peur ce qui se refusent à vouloir creuser ?


Ont-ils peur de mettre des mots ? Pourtant, le verbe est créateur et vibratoire. Plus qu'enfermer dans des cases, il nomme et, ce faisant, rend hommage ; il transmet une énergie, celle de l'entité qu'il désigne, celle qu'il transmet en voyageant ; il est vivant, mobile, ouvert, tel une fenêtre qui fait entrer la lumière dans les esprits et les cœurs.


Ont-ils peur d'être déçus ? De découvrir une tromperie, une farce, un vide abyssal ? Sans doute l'industrie du disque, telle qu'elle a évolué, est le terreau de plus en plus d'arnaques artistiques et commerciales et je peux comprendre cette crainte. Mais on n'est jamais totalement dupes. On pressent, me semble-t-il, la texture de ce qui nous interpelle. Et, là encore, il ne faut pas avoir peur d'aimer la simplicité. Heureusement pour nous, les mélodies les plus simples, les mots les plus faciles d'une chanson sont aussi, souvent, porteurs de puissance, d'émotion et peuvent accompagner légitimement une vie, fixer des souvenirs et rendre heureux ou nostalgiques. La simplicité peut être une puissante vertu, une qualité qui ramène à l'essentiel, à la beauté, dépouillée de toute sophistication ou lourdeur et qui touche le cœur et l'âme.


Mais, dans mon cas et dans le cas de Michael Jackson, il est une chose que je peux affirmer et même confirmer, puisqu'on m'en avait prévenue : l'analyser ne vous coupe en rien de vos sentiments. Cela ne neutralise pas l'émotion ni ne transforme son œuvre en un objet froid que l'on dissèque scrupuleusement. Au contraire. L'analyser est un cadeau. La promesse d'une nouvelle porte qui s'ouvre chaque jour. D'un nouveau trésor à découvrir, à entendre, entre les pistes, à lire, entre les lignes.


Analyser l'œuvre de Michael, que ce soit sur le plan musical, chorégraphique, scénique, vidéographique ou culturel, c'est prendre un billet pour un voyage déroutant et enrichissant, c'est visiter le monde, l'histoire, l'humanité dans ce qu'elle a de plus fou et de plus vulnérable, c'est s'élever et s'émanciper de ses chaînes, de ses entraves. C'est, avant tout, rencontrer un homme. Car l'œuvre est indissociable de celui qui l'a créée. Car Michael Jackson ne vous laisse jamais seul avec son œuvre. Il vous accompagne, il vous guide, il vous éclaire et parfois, piaffe doucement de son petit rire dans votre oreille.


Analyser la musique de Michael, c'est vivre un Noël permanent et trouver chaque jour sous le sapin, de nouveaux cadeaux qui semblent vous récompenser du soin que vous portez à votre quête. C'est avoir le cœur qui bat un peu plus vite et un peu plus fort à chaque avancée. C'est rentrer toujours un peu plus en profondeur dans la lumière et la compréhension, l'acceptation, l'amour inconditionnel. C'est quitter ce qui pouvait sembler le plus sensible au départ : le son, les mots, la corporalité, voire les paillettes, les strasses et les applaudissements pour entrevoir l'Être, goûter à une forme de plénitude, à une puissance paisible qui nous dépasse mais nous habite autant que lui.

C'est recevoir en récompense, finalement, le décuplement de l'émotion, de l'indicible, de l'instinctif qui nous poussait vers son œuvre. Sortir grandi, renforcé et... plus jamais seul.


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