Des difficultés à trouver un éditeur pour parler de l'œuvre de Michael Jackson

Dernière mise à jour : 22 août 2021

« Quant à votre livre sur "Dangerous", il faut renoncer aux grands éditeurs : ils ne sont pas favorables à ce genre de livres, sauf si vous écrivez que MJ est un violeur d'enfant et que vous en avez éventuellement la preuve. En dehors de ces inepties, il persiste un refus conscient (ou non) de traiter de MJ sérieusement. Et, de ce point de vue, votre projet constitue un problème. »


Non, vous ne rêvez pas. Ni moi non plus. Cet avertissement éclairant, cette explication bienveillante face aux refus de quelques grands noms de l’édition parmi ceux auxquels j’ai adressé mon manuscrit, m’a atterrée.

Il me vient d’un auteur très sérieux, thésard également, sociologue, professeur d’université, qui s’est confronté lui-même à la question avec Michael et qui a fini, pour pallier, par devenir lui-même éditeur de sa propre collection.



Ce n’est pas une découverte. Mais se l’entendre dire, à soi, est autre chose que de le lire en théorie et d’une manière généraliste dans les livres d’histoire et les revues spécialisées.

Ce n’est pas la première fois que, par Michael et mon travail sur lui, je me heurte à ce genre de situations que l’on pourrait croire exagérées ou, au contraire, anecdotiques voire mythologiques.

Je n’apprends pas, à travers lui, que sur sa propre production, sa philosophie, sur moi-même et le monde. J’apprends, sur le terrain finalement, à traverser des situations et des réactions qu’il dénonçait lui-même et qui demeurent révoltantes, puisque répétées et transférées ad libitum jusqu’en France.


Cependant j’assume. Et je porterai ce projet ainsi que les suivants amorcés déjà, jusqu’au bout, non seulement par lui, mais avec lui et pour lui.

C’est donc cela qui se cacherait derrière la formule consacrée : « votre travail, bien que fort intéressant, n’entre pas dans notre domaine d’édition », quand bien même l’enseigne fourmille de pseudo-biographies et de livres pseudo-musicaux ? Je commence, en effet, à lire entre les lignes avec d’autres éclairages et couleurs…


Pour un autre éditeur, pourtant spécialisé dans la musique et moins grand public, il faudrait résumer au moins les 70 premières pages en une… Ah bon ? Dangerous est une œuvre complexe. Je ne prétends pas en éclairer toutes les facettes, mais je ne solderai pas non plus 3 années d’études sur la question, pour résumer son analyse en des platitudes et des redites bon marché et tous terrains.


Je poursuis. J’attends. Je ne suis pas pressée. Mais je suis ravie d’apprendre. De m’enrichir de ces expérimentations qui font toute la différence entre la théorie et la pratique, entre le savoir et l’expérience et qu’il me donne à vivre, sans doute pour comprendre encore plus en profondeur un milliardième de ce qu’a été son parcours.


Finalement, cela me rappelle l’opinion qu’avait formulée Matt Forger lorsque je lui avais demandé, en août 2010 à Westlake, s’il voyait encore un avenir pour les musiciens et créateurs d’aujourd’hui. (Non pas que je pense qu’il n’y ait aucun talent en dehors d’MJ, loin de moi cette idée en tant que musicienne ! Mais je pense par contre que des conjonctions de talents, de temps, de personnalités et de circonstances de marché telles qu’MJ en a été l’acteur et le bénéficiaire, ne sont pas prêtes de se reproduire dans le climat « industriel » et « stérilisant » actuel). Il m’avait dit que pour lui, qui continue de produire des artistes, les futurs talents ne pourraient plus s’exprimer que par le biais de petits labels et non de grandes enseignes. C’est sûr, depuis le temps que j’étudie cette question tous azimuts, je n’ai jamais réussi à entrevoir, pour l’instant, d’autres issues, d’autres lueurs, en dehors de cette dynamique stérilisante et formatée d’assujettissement non à la créativité mais à l’efficacité et au rendement financier, justifiée par des politiques frileuses de risque et d’investissement.


Bref… Je me dis que l’on se complait, finalement, à maintenir le public la tête sous l’eau. On lui vend, par des discours et des formules pédagogiques, un « sentiment » de liberté et de choix, un « sentiment » d’esprit critique. Mais comment peut-on être libre et critique quand on n’a accès qu’à des sources orientées, erronées, gommant les autres possibles au point qu’on n’imagine même pas qu’il puisse y en avoir et que l’on est persuadé posséder un sens aiguisé du discernement ?


C’est une lourde et grave responsabilité. Je connais des gens, même parmi les milieux dits

« intellectuels » qui, pour revenir à mon domaine, n’auront jamais une autre opinion sur Michael que celle relayée par les grands éditeurs et les médias. « Si ce n’est pas publié, c’est que ce n’est pas crédible »… Non, ça n’est juste pas « validé » pour le prêt à penser.

Sans basculer dans l’Apocalyptisme Jéhoviste, ça me rappelle quelques scénarios Orwelliens et Barjavéliens…


MàJ 2021 : Et comme Michael avait raison... Quelle belle leçon il m'a donnée et quelle émotion de relire ces mots 7 ans après... La persévérance, la foi ont eu raison de ces aléas... Merci à lui ! La preuve en quelques images...






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