Michael Jackson n'est pas mort le 25 juin

Dernière mise à jour : sept. 1

12 ans au fil de ta voix #1

© Renée Paul, artiste peintre, dessin graphite sur papier Bristol, 42.2 cm x 27.9 cm, 2011, collection privée
© Renée Paul, Avec A.M.O.U.R., With L.O.V.E.


Il y a 12 ans, comme beaucoup d’entre vous, je me réveillais sans savoir que je vivais le premier jour de ma deuxième vie. Vous savez, celle dont on dit qu’elle commence quand on découvre qu’on n’en a qu’une ?



Hésitante, pour une fois, à allumer la télévision, je m’y suis résolue tandis que mes 4 petits engloutissaient leur petit-déjeuner. Et j’ai crû à une plaisanterie de mauvais goût. À une erreur. À une stratégie de mauvaise publicité. Michael Jackson mort d’une crise cardiaque dans son lit ? Mais s’il avait dû en faire une, de crise cardiaque, cela aurait été sur scène, pas dans son lit ! Ridicule…

Mais non… Ma réaction piquante et ébouriffée d’incrédulité s’est tassée, seconde après seconde, froissée, écrasée… Elle est tombée en lambeaux…. C’était donc vrai. Ça en avait l’air.


Consternée, sidérée, le chagrin est monté en moi comme un verre de larmes se remplit et déborde. J’ai tout fait pour contenir, ravaler, il me fallait prendre la voiture et emmener deux de mes enfants à l’école. Les radios commençaient à diffuser ses hits. J’ai ouvert les fenêtres, inondé les rues de sa voix, de sa musique. Compté les heures depuis l’annonce nocturne de l’irrémédiable, tenté de me dire que ses veines étaient encore tièdes, qu’il était encore « visible », que si jamais on trouvait le moyen de le réveiller, là, tout de suite, il n’aurait pas manqué grand-chose et aurait l’impression de se lever d’une bonne nuit de sommeil….


Et les heures ont passé. Et je les ai égrainées, dans mon esprit, comme autant de cailloux blancs qui nous séparaient à jamais, lui que je n’avais jamais espéré voir, par dépit, par résignation. J’ai mesuré de plus en plus profondément l’erreur de ma vie, comme on enfonce lentement un poignard dans sa poitrine.


J’ai prévenu, par SMS, mes amis, ma famille. Tu as vu ? C’est pas possible ? Je n’arrête plus de pleurer ! Qu’est-ce qu’on va devenir ? Mais alors…. ON VA TOUS MOURIR, C’EST ÇÀ ?

Combien de fois je l’ai entendue, cette phrase, par la suite. Comme un égrégore qui serait né dans des millions de cœur en même temps, ce matin-là. On va tous mourir. Eh oui, pour moi comme pour beaucoup, si quelqu’un pouvait ne pas mourir, si quelqu’un était capable de tout, même de ça, et me l’avait déjà prouvé, c’était bien lui. Michael.


Cette pensée, jamais formulée, était ancrée en moi depuis l’enfance et je ne l’avais jamais remarquée, tellement elle était acquise, profonde, évidente, reptilienne.

Je ne sais pas, aujourd’hui, si nous allons tous mourir. Mais je sais, comme je vous continuerai de le raconter dans les jours à venir, que ma pensée primaire était la bonne.


Michael ne pouvait pas mourir. Michael ne mourrait, en réalité, jamais. Ni ce 25 juin, ni aucun autre jour que ce monde verrait…