Paris Jackson a-t-elle du talent ?

Suite à mes posts sur différents réseaux sociaux depuis hier, et notamment suite à ceux qui félicitaient Paris pour son talent, j’ai reçu plusieurs commentaires n’hésitant pas à réfuter cette appréciation ou, parfois avec plus de subtilité, à au moins la mettre en doute. Des personnes dont on ne sait pas toujours qui ils apprécient, d’autres fans de Michael, d’autres se désignant comme professionnels ou musiciens ou…


Bref. Qu’est-ce que le talent ? Les définitions du Larousse sont larges puisqu’elles vont de la simple « capacité » au « don remarquable » en passant par l’ « aptitude particulière ». Chacun appréciera, selon ses goûts et ses jalons, dans quelle catégorie il placera Paris.

Pour ma part, je ne reviendrai pas sur la teneur ou la (dé)mesure (pour certains) de mon propos. Mais ces personnes sont-elles prêtes à dire et à assumer que Paris n’a pas de talent? Et si oui, sur quels critères se fondent-ils ?

Ont-ils seulement écouté ses chansons, ses textes, sa voix ? Sont-ils allés la voir, l’entendre, l’apprécier dans la proximité d’une salle pour prendre la mesure de la vibration dont elle l’emplit ? Car juger sur une bande-son ou une vidéo est une chose. Mais on ne prend jamais vraiment la mesure d’un artiste tant que l’on n’a pas incarné l’expérience, respiré son air, capté sa fréquence vitale. Même dans une grande salle. Même dans un stade.

À quelle aune mesurent-ils donc son talent ? Par rapport à des attentes artistiques ou par rapport à son père ?

Paris Jackson, la Maroquinerie, 5 mars 2022, Paris ©Isabelle Petitjean
Paris Jackson, la Maroquinerie, 5 mars 2022, Paris ©Isabelle Petitjean

Savent-ils que mesurer la qualité d’une voix avec un sonomètre en main, pour évaluer sa puissance, ou un chronomètre, pour quantifier son souffle, est d’un autre siècle ? Le talent se passe ailleurs selon moi : dans le plaisir et la joie ressentis, dans les larmes qui montent, dans le cœur qui bat plus vite, dans une sérénité qui s’installe, dans une mise en harmonie, au diapason, entre le corps, l’âme, la musique. Le talent fait corps avec ce grain de voix feutré ou éclatant, rauque ou limpide, même (et surtout à notre époque) passé au crible du quadrillage argenté du micro. Il s’exprime dans la justesse comme dans la fêlure, dans le cri comme dans le murmure, dans le son comme dans le silence. Il exhale un être vivant, une expérience de vie, un métalangage qui plane bien au-delà du verbe et la fréquence.

Le talent n’est pas à confondre avec la technique, la conformité aux canons commerciaux du moment, ou avec l’originalité forcenée. Il est autant de talents que d’artistes et, pour évaluer chacun, je crois que l’erreur à ne pas commettre est bien celle de la comparaison.

Un talent nous parle, nous touche par et en lui-même, nous va droit au cœur bien avant d’enclencher notre cerveau dans une course à la réflexion et à l’analyse. S’il ne nous touche pas, ce n’est pas le talent qu’il faut remettre en question, mais peut-être juste soi, dans le sens où on ne peut pas toujours être le cœur de sa cible. Et ce n’est pas grave. Il faut sans doute le laisser alors toucher les autres, sans le salir ou tenter de l’abattre au passage.

En ce qui me concerne, Paris Jackson a de multiples talents qui me touchent, indépendamment de son père. Elle a une présence dont j’ai parlé dans un précédent post, un Être que je ne soupçonnais pas mais qui ne pouvait qu’être, finalement, a posteriori, évident. Son âme à vif et son sang irriguent chacune de ses phrases. Sa grâce et sa fragilité font sonner sa guitare d’une manière toute particulière. Ses mélodies, dont la douceur met en relief le caractère viscéral et tranchant de certains mots, sont un flux qui se partage et se transmet dans un espace auratique qui dépasse un peu tous nos contours trop nets.


Alors quoi ? Vous êtes déçus peut-être ? Vous auriez aimé qu’elle fasse un moonwalk en vocalisant un scat percussif ? C’est votre droit, mais c’est alors vous qui vous êtes trompé : dans ce cas, c’est elle qui n’est juste pas le cœur de votre cible. Mais ne pas ressentir son talent ne veut pas dire qu’elle n’en a pas. Peut-on penser sérieusement qu’il soit possible qu’une jeune femme nommée Jackson se lance dans la musique, autrement dit se jette dans la fosse aux lions en n’ayant pas la conviction vitale et intime d’avoir quelque chose à faire dans ce domaine ? Pense-t-on qu’elle y aurait survécu plus qu’une journée ? Je pense sincèrement que, plus que beaucoup d’autres peut-être, les enfants Jackson ont eu le temps d’apprendre de leur père à écouter leur cœur, leurs tripes, leur âme, pour discerner, comme lui, ce pour quoi ils sont venus en ce monde et ce qu’ils peuvent avoir de meilleur à lui donner. Quelle sera la mission ou quelles seront les missions de Paris Jackson en ce monde? Donner du sens à la vie d’une foule de gens de tous âges qui lui sont déjà dévoués, les bercer de sa voix et de ses chansons, accompagner leurs parcours en les rendant heureux ou en partageant leur tristesse, leur apporter lumière et force, me semble être, quel que soit le(s) moyen(s) qu’elle continuera de déployer, une mission déjà bien entamée et factuellement justifiée.


Paris Jackson, la Maroquinerie, 5 mars 2022, Paris ©Isabelle Petitjean
Paris Jackson, la Maroquinerie, 5 mars 2022, Paris ©Isabelle Petitjean

Cette jeune femme a trouvé, grâce à son talent, un public. Elle a pris sa part dans nos mémoires individuelles autant que dans la mémoire collective. Le tout, non avec son seul nom, son seul physique ou je ne sais quoi d’autre de bien involontaire, mais avec sa flamme, sa volonté, son travail, son identité musicale propre et viscérale.

Tout cela me semble incontestable.


Et si mon appréciation du talent dérange certains juges de la bien-pensance parce que j’ai une étiquette universitaire de musicologue, qu’ils sachent que c’est sans doute pour cela que je demeure chercheuse « indépendante » : pour être libre d’apprécier et d’analyser, et je dirais même d’aimer pour « mieux » analyser et d’analyser pour « mieux » aimer, et, enfin, pour ne pas pousser des raisonnements déconnectés de tout bon sens (comme on le voit parfois), voire de toute émotion – un comble, quand la matière sur laquelle on travaille est la musique.


Alors, définitivement, merci Paris, pour TON TALENT !

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