Michael Jackson était-il un "castrat"?

Dernière mise à jour : août 27

Revue critique : “Le secret d’une voix” du docteur Branchereau


Je viens de lire, en moins de deux heures (!), le livre sus-cité. Que dire...

Il ne faudrait pas s'y arrêter mais, malheureusement, ce type de littérature reste bien plus facilement trouvable dans les rayons des librairies et dans les publicités des revues de salles d’attente que tout autre livre plus sérieux, factuel, narratif ou analytique. Pardonnez le cynisme de ces lignes, donc…


Que reste-t-il, en termes d'intérêt, du livre de Monsieur Branchereau, lorsque l'on sait que son hypothèse est fausse ?


Un livre sur la voix, qui parle des castrats du 18e sans évoquer la voix de Michael Jackson (en dehors de 2 arguments tenant en 5 lignes), mais qui, par ce jeu d’ombres, de superpositions, semble vouloir l’intégrer dans la même catégorie.

Un livre qui élude complètement le maintien et la préservation de capacités techniques, mélodiques et rythmiques certes globalement innées, mais largement entretenues par un dur labeur vocal quasi-quotidien.

Un livre qui compare, sans entendre la moindre différence (!!!), la voix d'un enfant de 14 ans avec celle d'un homme de 21 ans.


Un livre fin et bien documenté, dit la critique ? Un livre, dont le seul vrai faux "secret" est l’impact commercial contenu dans ce mot, lequel, associé au nom de Michael Jackson, promet de nous révéler quelques croustillantes anecdotes, ainsi que dans le titre de « médecin », (entendez donc « scientifique ») de l’auteur… qui conclut cependant en p.140 qu'aucune preuve, ni certitude, ni même rumeur (joli travail « scientifique » que d'évoquer la rumeur!) ne vient étayer son propos initial. Que reste-t-il ? Encore une association triste et vide de sens, entre « castration » et « Michael Jackson », association stérile, pour le coup, sauf en termes de séquelles dans l'esprit des gens qui ne s'y entendent pas en vocalité. Le livre d'un médecin, qui se reconnaît simple amateur d'Opéra Italien et non spécialiste de la voix ou de la musique, mais qui tient absolument à placer un argument médical pour justifier son livre, comme si le talent, ce que Michael considérait avec reconnaissance, respect et soin, comme un « don de Dieu » était affaire de médicaments et d'opérations chirurgicales.


Je reste « sans voix » en voyant le piège marketing se refermer aussi facilement. Atterrée... Le docteur ne connaissait pas le rayonnement ni même la densité de la carrière de Michael Jackson avant sa mort. Il explique que c’est sa belle-fille qui l’a éclairé sur son aura et son impact culturel. Mais qu’en fait-il au juste ? Il choisit la voie de sa voix, puisqu'il se dit, et il l’est probablement, amateur d’opéra lyrique, de bel-canto et puisque le bel organe (mais lequel au fait?) intéresse le médecin qu’il est.


Bref. Ce livre, il faut bien le dire, contient peu d’éléments musicaux, mais beaucoup d’hypothèses basées sur les aspects physiques et les transformations de l’artiste, posant une sorte de bilan médical fondé sur les apparences, la couleur de sa peau, la chirurgie, les photos réalisées lors du procès ou les rapports d’autopsie révélant sa non-stérilité, quand ses sources ne sont pas de piètres blogs, lesquels auraient initié cette théorie de la castration… (sources sûres donc…)


Pour le docteur, des artistes comme Prince, Boy George ou Bowie ont, certes, été en leur temps aussi androgynes que Michael Jackson, mais, heureusement pour eux (ou pour qui d’ailleurs ?), ils se sont ensuite ravisés et « virilisés » bien plus que lui… Fin analyste, sur la base d'observation de photos de magazines, le docteur nous apprend tout de même que la barbe ou la fine moustache figurant sur les clichés d’un Michael de 21 ans, ne sont en fait qu’une première barbe d’adolescent pubère qui ne s’était encore jamais rasé. Intéressant…

À part cela, j’ai souligné quelques (pardonnez la litote !) contradictions… Enfin, s’il n’y avait que cela…


1) Dans le domaine de l’apparence, l’auteur explique que les castrats avaient une allure imposante et subissaient une augmentation de la cage thoracique (ça tombe bien, Michael souffrait d’une hypotrophie thoracique), qu’ils étaient très grands (Michael mesurait entre 1m78 et 1m80 selon lui-même (lol) et selon les sources) et qu’ils n’avaient pas glotte (ça tombe bien encore, un médecin qui confond glotte et pomme d’Adam - la glotte étant un segment du larynx contenant les cordes vocales et la pomme d’Adam ce qu’il a pris pour la glotte, à savoir donc une proéminence laryngée dont l’avancée est proportionnelle à la longueur des cordes vocales donc à la tessiture de la voix - Michael étant ténor, sa pomme d’Adam n’est certes pas extrêmement avancée, mais sans conteste bien visible de profil !)


2) Aucun élément précis sur ledit traitement hormonal évoqué : ni certitude qu’il ait existé (Michael lui-même n’évoque qu’un changement alimentaire visant à traiter ses problèmes sévères d’acné) ni même l’évocation du fait que ses frères, comme Randy qui était aussi atteint d’acné, aient pris ou non un traitement identique ou différencié


3) Le livre repose sur la mise en opposition des aspects physiques changeants de Michael avec la permanence de sa voix, particulièrement entre 1972 et 1979, période à laquelle le médecin situerait la prise supposée de cyprotérone suivie de l’arrêt de cette même molécule. Ainsi, pour son oreille, la voix de Michael dans les albums de 1972 est la même que dans « Off The Wall » en termes de hauteur comme de timbre (!!!) De ce fait, cette voix « immuée » et immuablement haut placée, sa puissance égale, la largeur de son ambitus et cette absence de modification durant cette période adolescente vont dans le sens d’une prise de médicament… Sûr que si je décide que Michael Jackson est blond aux yeux bleus en dépit de ce que tout le monde voit, je peux aisément en déduire que c'est un Suédois qui s'ignore.