top of page

Chronique d'un film redouté : "Michael"

Dernière mise à jour : il y a 4 heures

Je sors de la projection du film "Michael", à laquelle je suis allée, il faut bien le reconnaître, non en Moonwalk, j'en suis bien incapable, mais à reculons.

J'envisageais de laisser passer quelques jours avant de m'y rendre, c'est vous dire !, tant je craignais le résultat. Un peu forcée par quelques organes de presse, pressés, justement, d'avoir un retour des quelques "spécialistes" français de Michael, on m'a demandé expressément de m'y rendre dès l'aube.

Dans le Sud, l'aube se levant tardivement, surtout pendant les vacances, je suis donc allée à la séance de 10 h (la toute première malgré tout) dans une bonne salle de Nice, c'est-à-dire proposant une image et surtout un son de qualité. Ceci dit, j'ai choisi une version française, car quitte à ne pas entendre la vraie voix de Michael, autant entendre une doublure française plutôt qu'une pâle imitation...

Nous n'étions que 10 éparpillés dans les rangs, mais bon... passons.

Très nerveuse, la tension exacerbée par les interminables publicités qui retardent le lever de rideau et l'extinction des feux, j'ai failli quitter la salle en me disant que je reviendrais un autre jour, quand MOI je le sentirais.


Mais la lumière s'est tamisée et, sur le label UNVERSAL, la musique extraite d'un live de Michael a résonné. Je craignais de revivre les premières minutes de "This Is It", avec ce jingle Columbia que je ne peux plus jamais entendre - quand bien même annonce-t-il des milliers d'autres films depuis des décennies - sans avoir le coeur froissé et ébréché par ce que l'on sait être un trésor, un spectacle, une vie... sur le point d'être arrachés.


Et nous voilà partis. Embarqués dans une odyssée, celle d'une vie et surtout d'un début de vie, connus, lus, relus, vus, revus. Mais pas tout à fait.


Le film réussit en effet à rafraîchir un récit familial et artistique qui aurait pu vite tourner au remâché.

La prestation de Jaafar est totalement honorable, parfois bluffante (surtout sur certaines prises de profil : "Ils auraient inséré des images d'archives, me suis-je parfois subrepticement demandé, ah mais non, c'est bien Jaafar !")

Ils ont eu l'évidente lucidité de laisser la voix et la musique de Michael sur toutes les chansons, ce qui est pour moi le nerf de la guerre. Je n'ose imaginer des imitations, si fiables soient-elles, comme d'autres biopics ont pu le proposer. La danse aussi, vous me direz, est difficile à doubler, car qui dit danse dit corporalité, physionomie... En cela, compliqué de trouver une silhouette identique, légère, longiligne, aérienne, hyperlaxe qui restitue la même fluidité et précision chorégraphique que le corps de Michael... On ne peut pas tout avoir. Enfin, encore une fois, Jaafar a dû suer sang et eau pour atteindre ce qui, le temps de quelques prises bien sûr, sans doute pas sur du long cours, s'approche au plus près de la présence scénique de son oncle.


On pourra regretter de grandes impasses, ou de grands ponts, qui enjambent certaines périodes. Je pense à la période PIR à Philadelphie, The Jacksons et Gamble & Huff, à Quincy qui débarque de nulle part, au "Bad Tour" qui termine, sans transition avec ce qui précède. Les frères Jackson sont assez transparents, Rebbie, invisible, Janet n'a pas voulu y être mêlée, le père Jackson est un requin, Branca se passe la gomina et se prend pour le Messie... Bref...

Hormis ces éléments fort discutables, comment tout traiter en 2 heures ? Est-ce que tout saupoudrer aurait permis de mieux s'approcher de Michael et de planter quelques repères fondateurs ? Personnellement, je ne le crois pas.

Des inexactitudes, oui, bien sûr il y en a. Entre autres les frères n'ont pas chanté "Never say goobye" en 1968 puisqu'elle est sortie en 1971, Suzanne De Passe n'est que le 3e intermédiaire dans la "découverte" des frères Jackson etc. On élude un peu aussi le côté "homme d'affaires" assez implacable, le versant donc plus terrien, de Michael.



Mais le film réussit quand même à semer des graines autour de la construction de la personnalité de Michael qui permettront à qui ne le connaît pas bien ou pas encore, de mieux l'appréhender, le comprendre, et sans doute de réfléchir à la manière dont ces éléments vont le conduire à certains de ses choix de vie, de (non-)communication et aux traitements que lui fera subir la presse en retour et qui sera relayée par une frange du grand public.


Outre les considérations familiales, personnelles et les failles temporelles de ces 30 premières années de vie, le film montre aussi, de manière sporadique mais claire, comment Michael s'est construit en lisant, en réfléchissant, en apprenant, en étudiant, en posant des questions, en travaillant, beaucoup... Comment très tôt, il n'a pas perdu de temps et a toute sa vie vécu pour son art, pour le surpassement, pour la sublimation en un message universel. Comment aussi très vite (dès le début en réalité) il a choisi d'aider et de partager les retombées financières de son succès auprès de ceux qui en avaient besoin, sans traîner de journalistes et de caméras (pour défiscaliser aussi ? Oui, bien sûr). De convertir son talent personnel en don du ciel, son succès sans commune mesure en mission.

Le film traite de tous les aspects controversés de cette tranche de vie (nez, vitiligo, accident Pepsi et médication, problématiques raciales autour de MTV) sans jamais trop en faire.

Tous les ingrédients sont en place, pour une potentielle mais nécessaire deuxième partie qui sera, je l'espère, sans concession.


Le rideau tombe sur un regard noir et direct qu'on ne connaît que trop bien et sur un cinglant "Who's Bad" qui met le mocassin dans l'entrebaillement d'une porte vers une suite et une réponse à donner.

Alors, si suite il y a, je ne peux qu'espérer que cette partie "affaires non traitées" que regrette tant la presse actuellement sera bel et bien passée au crible. Car quand on n'a rien à cacher, on le montre. Et on n'a rien à cacher.

De toute façon, dans ce volet, on ne risquait doublement pas d'aborder les "affaires" comme ils disent, entre 1958 et 1988 puisqu'elles émergent en 1993 et que le contrat Chandler a fini d'écarter cette possibilité envisagée au départ.


Trop de lamas, de girafes et de mièvreries, me suis-je entendu dire, dans ce volet ? Vous auriez préféré des scènes glauques et assassines ? Eh bien circulez, il n'y a rien à voir ! Ce que vous appelez "mièvreries" et "enfantillages peterpanesques" relève bien plus de la réalité que les cauchemars que vous avez en tête et que vous espérez voir exorciser par l'intermédiaire de Michael Jackson.


Alors oui, avec les petits cailloux semés dans ce volet, bien au chaud dans les poches et les esprits, j'espère qu'un autre volet abordera largement la suite de la carrière et de la vie de Michael : son parcours artistique, ses prouesses, son Neverland, ses enfants, sa spiritualité. Mais qu'on aborde aussi les déboires en tout genre qu'il a connus, les trahisons, les mensonges, les extorsions de fond, la mort instillée à petit feu dans son âme résolument tournée vers le bien qu'il voulait voir même chez les pires salauds. Qu'on remette l'église au milieu du village, qu'on montre, qu'on explique, qu'on raconte les procès, les acquittements, les témoignages mensongers déboutés, les rumeurs nécrophages, les planches à billets et pompes à fric post-mortem.

Qu'on arrête avec les points de suspension et les phrases incomplètes. Qu'on mette les points sur les i et partout où il faudra. Et qu'on rende à Michael ce qui est à lui, ce qu'on lui a volé, ces fragments d'âme encore retenus dans l'enfer des cerveaux paresseux et étriqués, des coeurs chagrins et jaloux de ce bas monde*.


Puisse la potentielle deuxième partie (sans doute est-ce un voeu pieux et idéaliste, mais vous me connaissez) enfin apporter la paix et réhabiliter la vérité, que l'énergie de sa musique puisse continuer à circuler encore mieux et encore plus loin.


En attendant, je pense que ce film est une base intéressante, notamment pour les jeunes qui ne connaissent pas bien Michael et qui pourra leur donner envie, justement, d'en savoir plus, d'aller plus loin...


Mais sinon... à quand une série Netflix qui prendra le temps du détail ?


A quand un film spécifique autour du procès qui donnerait à voir, à grand renfort de progressions émotionnelles et narratives, en long et en large, la sombre galerie de portraits des détracteurs, accusateurs, les (faux) témoignages, les plaidoyers et finalement, les acquittements ?


*Lors de mes récents échanges avec des organes de presse, toujours ce même mot asséné comme une urgence : les "accusations"...

Pourquoi ne pas employer le mot "acquittements" ai-je répondu ? Le mot commence de la même manière...14 acquittements. Pourquoi écrivez-vous "Il n'a pas été condamné" comme s'il n'était pas passé devant le juge, quand il faut dire qu' "il a été jugé et acquitté" ?

Comment ? les autres "accusations" ? Elles ont été déboutées par la justice américaine pour les unes, annulées pour les autres. Dossiers vides, faux témoignages, anachronies, contradictions... Tout ce brave monde est rentré à la maison. Pourquoi n'avez-vous pas relayé ces faits ? Pourquoi laisser planer ces doutes, cet écran de fumée, quand de vrais criminels courent ?

Vous me demandez pourquoi avoir "payé" pour le premier scandale ? Outre les mauvais conseils des assureurs car, monsieur, Michael VOULAIT un procès, moi je vous demanderais quel père accepte de l'argent en échange du crime subi par son enfant ? Vous en connaissez beaucoup ? Un père qui s'est suicidé depuis et un fils "martyr" qui a pourtant soutenu Michael bec et ongles quand il était à l'Université et qui ne veut plus aujourd'hui que son nom apparaisse dans un biopic.

Bref, je doute qu'il reste grand chose de ces propos, et d'autres encore, dans les interviews finales....

1 commentaire


Lilly Valley
Lilly Valley
il y a un jour

Merci, Isabelle, pour ce retour : j'aime beaucoup ton style d'écriture, que je trouve toujours précis et fluide. Je n'ai pas encore vu le film, j'attends la VO ! La voix française passe-t-elle bien ?


P.S. : Ne recevant plus de posts, je me demandais si mon abonnement avait "expiré" ! Il me semble que le dernier post date.

J'aime
Abonnez-vous au site d'Isabelle Petitjean et tenez-vous informé(e) des actualités et des posts

Bienvenue et Merci pour votre abonnement !

by Isabelle Petitjean, 2026 tous droits réservés

bottom of page