Michael Jackson, 10 ans plus tard...

Juin 2019. Quelque part en Absurdie, l’heure du bilan



Avec la fin du mois de juin sonne l’heure des bilans… Avec le 10e anniversaire du décès de Michael sonne doublement l’heure du bilan… Et dans ma tête, il sonne comme un rappel. Tant qu’on n’a pas appuyé sur le bouton pour le stopper…

Ces derniers jours, forcément, quelques médias, trop rares, trop pressés, très à la hâte, se sont réveillés pour faire le point sur « ce qu’il reste » de « l’héritage » de Michael Jackson, de la façon dont il est encore « perçu » ou « aimé » par le/son « public ». J’ai eu l’occasion de m’exprimer un peu, mais ce peu, doublé parfois de coupures, dans les grandes longueurs, me laisse un goût d’insuffisant.

Alors ce bilan, faisons-le ici. Je reviens un peu sur les propos que j’ai pu tenir – durant de longues minutes, qui, mises bout à bout, dépassent largement l’heure – et dont vous n’aurez eu que quelques entrefilets, titrés parfois de quelques bons mots, porteurs, et encore plus quand ils sont sortis du contexte. Complétons ici en ajoutant ce qui n’a pas été retenu, retranscrit, pour des questions d’efficacité (commerciale ou auratique) ou parce que cela ne rentrait pas dans la ligne éditoriale et la pensée, déjà préfabriquée, qu’il fallait confirmer.

Michael Jackson, 10 ans après, est non seulement toujours là, mais, selon moi, il commence son règne. Celui que plus personne ne pourra lui disputer, puisque son trône est désormais inscrit dans le flux de l’Histoire, avec un grand H, et siège au sein d’un panthéon de grands esprits et créatifs. N’en déplaise à ses détracteurs… Des détracteurs qui ne raisonnent plus depuis longtemps, et dont l’écho de la révolte n’est renvoyé que par les murs d’orgueil derrière lesquels ils se tassent, pour ne pas avoir à commencer à réfléchir et à oser penser autrement qu’ils ne l’ont jamais fait. Car la paresse et l’orgueil sont, de source biblique, les deux plus grands défauts de l’être humain, les plus dommageables aussi, et c’est dans ce genre de circonstances qu’on ne le mesure que trop… Une paresse qui vaut à trop d’organes de presse de ne ressasser que les mêmes pseudo-thématiques scandaleuses et juteuses… Certes, la remise en question, voire au moins la temporisation, seraient tellement moins porteuses et plus longues à élaborer que le spectacle non dégrossi d’un homme, pourtant mort, que l’on déterre, lapide puis lynche, comme au bon vieux temps, le laissant ensuite sécher dans la mémoire collective, sous l’œil vengeur ou amusé de petits juges autoproclamés, vissés à leur salon, encanapés devant leurs multiples écrans, la bave au coin de la bouche, la lèvre retroussée par cette même haine aveugle qu’ils se font une fierté de dénoncer chez leur voisin, l’œil jauni par la buée d’une désinformation aussi invisible qu’une araignée jamais vue, et toujours oubliée, au-dessus de leur tête mais qui ne les empêche pas, par ailleurs, de se lever le dimanche pour aller voter pour de vrais détraqués, avérés et fiers de l’être… à moins que ces censeurs ne cachent eux-mêmes quelques vrais et lourds secrets de famille que les faux scandales, chez les autres, et a fortiori chez des stars lointaines, permettent de sublimer ou d’expier par procuration.

Il y a tant à dire sur ce qui fait l’héritage artistique et humain de Michael Jackson qu’il faut être bien aveugle, bien sourd (ou les deux), ou vraiment très fainéant pour ne pas se servir positivement de quelques-unes des valeurs qu’il a portées : son combat contre le racisme ; sa volonté d’assumer une image qui lui convenait, quel qu’en soit le prix à payer ou le débat suscité (chirurgie, part de féminité) ; son courage face à la maladie ; son empathie ; son humilité ; sa vulnérabilité ; sa créativité sans borne ; sa capacité à croire en l’impossible et à le réaliser ; son rôle de père de famille monoparentale etc… Tant de débats qui animent pourtant, par ailleurs, les esprits et les programmes, mais qui, quand il s’agit de lui, ne sont pas transposés. Pourquoi ? L’héritage de Michael Jackson est artistique. Faut-il le rappeler ? Une œuvre sonore et musicale qui aurait pu se suffire à elle-même, à laquelle il a superposé une dimension visuelle novatrice qui a irrigué toute la musique ensuite, le tout vernis par une image artistique iconique et un être humain hors norme. Produit commercial, vous avez dit ? Justement non, et c’est là toute sa force. Michael Jackson est central à toute son œuvre. Il est la source et le filtre, directement et indirectement. On n’a pas pu faire sans Michael Jackson. On ne sait pas faire sans lui. Il n’y a qu’à voir la « production » posthume, qui ne devrait pas, d’un point de vue éthique, porter son nom, ou le faire seulement de manière indirecte.

Son public ? Il est toujours là, et toujours renouvelé. Sa musique est toujours, sinon encore plus cette année, écoutée. Non, les nouvelles générations n’ont pas besoin que leurs artistes du moment (car peu durent et moins encore seront pérennes) le citent en référence pour savoir qui il est et savoir ce qu’il a fait. Ne vous déplaise, ils ne cherchent aucun Michael Jackson. Ceci n’est qu’une création industrielle. D’ailleurs, ils n’en trouveront pas, car, en plus de l’individualité et de la singularité avérées de chaque être humain, Michael Jackson n’est pas une recette que l’on plaque ou que l’on copie. CQFD. Que les Américains soient racistes et continuent de l’être, c’est une chose. Que l’Europe reprenne pour argent comptant ces règlements de compte, sans réfléchir, en est une autre. Car c’est bien par le traitement médiatique et moral qu’il subit que tout cela se retranscrit et se déverse. Pas de normes européennes. Pas de crash test, ni de précautions prises aux frontières. On importe les guerres, les combats, on célèbre la paix d’un côté, tout en contribuant, de l’autre, à faire perdurer les conflits en les soutenant plus ou moins consciemment.

Mais... Michael Jackson a utilisé la presse. Et la presse n’a pas de frontière. Et la presse le lui a bien rendu et continue de le faire. Comme j’ai pu le dire au téléphone à plusieurs journalistes de presse écrite comme radiophoniques, la presse a une lourde et immense responsabilité dans ce relais irréfléchi, qui n’a d’intérêt que son caractère lucratif et porteur. Une lourde responsabilité vis-à-vis des esprits dont elle a la charge, vis-à-vis de l’éthique et de la morale collective. Informer veut dire, d’un point de vue étymologique, donner forme aux idées et, par extension, former les esprits. La science de l’information, puisque c’est une science, ne devrait pas s’exercer sans un minimum d’éthique et de désintérêt pour l’immédiateté et l’effet spectaculaire. L’information n’est pas la téléréalité, ni le divertissement, ni l’émotion. Elle doit, devrait en tous cas, être juste, même froide. Puisqu’aujourd’hui, l’information choisit l’air qu’elle nous fait respirer, elle devrait filtrer les particules fines et autres rejets nocifs qu’elle capte en amont, avant de nous les envoyer en brut.

Quand je pense que j’ai dû citer mes sources à chaque paragraphe, justifier mon propos avec de nouvelles sources à chaque opinion, dans un travail « scientifique » dédié à la musicologie que ne liront que quelques spécialistes, je me demande pourquoi le grand public n’a pas droit au même traitement précieux quand il s’agit de l’information dans laquelle il est baigné (noyé ?). Et si l’on croit qu’il n’est pas capable de comprendre, pourquoi, au contraire, ne pas l’aider en lui apportant les sources, les preuves, les éléments concrets qui étayent le propos ? Pense-t-on qu’il manque de discernement à ce point ou cherche-t-on à lui retirer ce qui lui en reste ? À l’heure du bio et du développement durable, à l’heure où l’on veut nous faire croire que l’état s’inquiète de notre santé physique, pourquoi ne pas pointer du doigt, plus fort encore, la pollution intellectuelle et le discount de la pensée auxquels sont soumis bien des sujets, parmi lesquels Michael Jackson n’est qu’un exemple ô combien révélateur et paroxystique ?

Il a fait de sa carrière une histoire archétypale. Il a brouillé les sphères du privé et du public. Il a joué du mystère autour de son image, de sa personnalité, de sa vie privée. Oui, du MYSTERE, madame, qui me disait que Michael Jackson n’avait rien de mystérieux, qu’il fallait arrêter avec ça, qu’il était tout à fait normal… Mystérieux n’a rien de péjoratif, et il a assez, lui-même évoqué son approche du mystère pour savoir que ce n’est pas un concept plaqué artificiellement sur lui. Quant à sa normalité, évidente, bien sûr, il ne faudrait pas oublier que ce monsieur avait à gérer une image internationale et publique, en plus de sa personnalité intime. Et si les deux se superposent et se confondent souvent, cette situation, à son niveau, est suffisamment complexe pour éviter de tomber dans le cliché de la normalité de mon voisin de palier (déjà complexe, pourtant) . Michael Jackson, donc, a fait danser la presse, avant qu’elle ne lui fasse le plus grand croche-pied de cette fin de siècle, en forçant les traits là où ils manquaient de rugosité, d’angulosité, en grossissant les miettes qu’il jetait pour combler les trous des ventres affamés des rédactions et des lecteurs.

Michael Jackson a payé et continue de payer le prix fort, même post-mortem, encore plus port-mortem, puisqu’il n’est plus là pour se défendre, et la paresse ambiante pousse à ressasser pour les uns, et à avaler tout cru pou