#2 12 années sur la voie de Michael Jackson

Mis à jour : il y a 6 heures

“Les preuves fatiguent la vérité” Georges Braque (2e billet)

Huile sur toile, 2010
© Renée Paul

Il est des certitudes, non, des évidences, qui dépassent l’entendement, bien qu’aucune démonstration ne puisse être établie.

“Les preuves fatiguent la vérité” disait d’ailleurs Georges Braque. Il y a en effet des domaines intimes, profonds, essentiels au sein desquels les preuves ne prouvent rien, elles dénaturent, elles faussent même car elles ne sont pas à la hauteur de l'enjeu.


Je me demande souvent comment et à quel moment l’ancrage s’est fait. À quel moment Michael Jackson, dans son intégralité, avec son discours musical et visuel, avec son génie, avec ses émotions, avec ses tripes, son humanité et sa vulnérabilité tout entière, est passé du monde extérieur à mon ADN.


Et d’ailleurs, y a-t-il un monde extérieur ? Et si oui, en a-t-il vraiment fait partie à un moment donné ? Ne s’est-il pas contenté, bien involontairement, de faire écho à ma sensibilité, de réveiller et de stimuler de ces petits bouts de moi que l’on trouve également en vous et en beaucoup d’êtres humains ? Les artistes ne possèdent-ils pas un pouvoir sur nous parce qu'ils se conforment à nos attentes, à nos besoins en tant que public, niche, marché ? Ne leur donne-t-on pas leur pouvoir par le seul fait de toutes les projections que nous faisons sur eux de notre intimité, de nos désirs, de nos interprétations ? Dans le cas de Michael Jackson, je pense que cela va bien au-delà. Que c’est plus profond, plus mystique même, j'oserai dire... J’ai ce sentiment qu’il nous a touchés et nous a transmis quelque chose de plus fort qu’un travers de notre condition humaine, pourtant sans cesse tournée vers le ciel.


Bien sûr, dans ma vie comme dans la vôtre, il y a eu des moments-clés. Il y eu un moment, entre tous : celui où la petite fille que j’étais l’a vu et entendu pour la première fois en conscience, ce moment de rencontre qui m’a fait entrer dans son monde, qui a opéré une bascule, un foudroiement, une subjugation. Il a laissé une longue traînée d’étoiles, ce moment, à jamais attachées à lui. Il a emprisonné et rattaché à sa personne toute autre possibilité d’émerveillement que j’aurais pu connaître par ailleurs. Car, dès lors, personne d’autre n’a pu me transporter comme lui. Il n’y a pas eu d’autre magicien dans ma vie. Tous ceux que j’ai croisés m’ont vite fatiguée.


Seulement, je n’avais pas mesuré, jusqu’à ce 26 juin 2009, la profondeur de l’ancrage, son caractère définitif, viscéral, vital même.

Quel scientifique – surtout avec la science unilatérale, monolithique, cartésienne et toute humaine que nous développons presque aveuglément, à laquelle nous nous raccrochons comme des noyés, alors que, peut-être, sans doute, d’autres branches bien plus solides, bien plus inspirées, pourraient juste, à portée de main, nous ramener bien mieux et plus vite au rivage – quel scientifique, donc, pourrait trouver les preuves de cette présence de Michael dans nos vies, au sens propre, et saurait les expliquer ?

Tant de choses ne se prouvent pas, mais sont ô combien réelles. Vouloir démontrer pourquoi et comment une œuvre ou un artiste vous touchent est impossible. Et l’une des leçons de Michael, là encore, est de nous apprendre à aimer hors des démonstrations. Inconditionnellement. N'était-ce pas l'une des clés de sa quête ?

Sans doute est-ce là la part de l’intuition et de cet instinct dont notre société, avec ses modes de pensée et de fonctionnement, tend à nous couper de plus en plus...


Et pour cause… Michael est là. Et s’il était là avant, en lumière dans notre conscience ou tapi dans l’ombre de notre inconscient, ô combien l’est-il plus encore depuis 12 ans ! Nous avons tous pleuré d’autres artistes, d’autres figures charismatiques qui avaient accompagné nos vies en différents moments. Mais combien d’entre eux et combien de leurs pertes ont transformé nos vies au niveau où Michael l’a fait ?

Nous sommes si nombreux à avoir regardé le monde autrement, après son départ, à avoir compris et ressenti ce monde d’une manière encore plus forte, à avoir changé de cap, parfois de vie… N’est-ce pas un témoignage de sa présence, au-delà de tout ? Je ne parle pas de présence comme un relent virtuel de vie par procuration qui s'opérerait dans le souvenir, dans des vestiges de mémoire. Je parle de présence vive. Vous comprenez ? N’est-ce pas un témoignage qu’au-delà du génie musical, vidéographique, scénique, il n’était pas qu’un immense esprit créatif qui débordait de ses contours, mais également et presque surtout une force d’âme, un pouvoir de transformation, une énergie vitale que son corps ne limitait pas et ne pouvait même pas, à lui seul, contenir ?


"L’amour est éternel", disait-il. Je pense qu’il le savait. Il ne le savait pas qu’en parole, en intellect, en formule toute faite. Il le savait de Toujours. De son Avant, de son Présent et de son Après. Il le savait comme on est, comme on incarne, comme le poumon qui respire, comme le sang qui coule, comme le cœur qui bat.

Il a donné à cette courte phrase une texture, une matière, une profondeur, une aura qui semblent condenser une puissance qui nous dépasse tous. De l'onde de sa voix à peine incarnée, des mouvements insaisissables de son corps fluide, il a gravé en nous un chemin, allumé un flambeau, légué un message. Et il nous accompagne. Encore. Toujours. À chaque pas. À chaque lever de soleil. À chaque crépuscule.



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