#3 12 années sur la voie de Michael Jackson

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Croire en son étoile (3e billet)

© Renée Paul, artiste peintre, huile sur toile galerie, 2012, 72 cm x 51 cm
© Renée Paul, Ombre et lumière

J’avais passé l’été abasourdie. Tout tournait dans ma tête au point que j’avais peur, à certains moments, de devenir folle. Comment un tel drame, une telle horreur avait pu arriver ? Qu’allions-nous devenir, nous, musiciens ? Qu’allait devenir la musique ?


Je me revois assise, sur la plage, les yeux perdus à l’horizon de cette côte où je l’avais trop souvent frôlé, jamais approché, avec un spectre récurrent dans les yeux : celui de son corps immobile. Idée insupportable, dysfonctionnelle. Équation impossible. Je ne savais pas alors qu’un an plus tard surgirait de la même manière et tout aussi brusquement le pendant à cette image… Que, collée à la porte de son mausolée, à Los Angeles, au plus près possible de ce corps, j’aurais tout à coup le spectre de ses pieds en mouvement et de son corps dansant. J’ai gardé ce souvenir ancré en moi tant le vertige avait été brusque. J’étais à quelques mètres de sa dépouille insupportablement inerte et silencieuse et c’était subitement une image follement vivante qui s’animait dans mon esprit.


Je ne sais pas si cette image mentale a été le fruit d’un déni incontrôlable ou un message de vie s’imposant à moi…. Pourtant la vague de chagrin a été immense à ce moment précis.

Après ces 2 mois d’été 2009 passés à me demander quoi faire pour le remercier de tout ce qu’il avait pu apporter à la musique en général et à ma vie en particulier, errant dans les quelques premiers forums du net (je n’étais encore inscrite sur aucun réseau social), ayant cherché des ouvrages parlant de sa musique (le seul que j’ai pu trouver était « In the studio with MJ » de Bruce), je me suis dit qu’il fallait agir. Oui, mais quoi faire ? Un blog ? Un site ?


J’aurais tant aimé trouver des livres me dévoilant les recettes de son œuvre, de son talent, découvrir ces cuisines internes de son son, façonné dans l'antre des studios, que j'avais toujours tenté d'imaginer… J’aurais aimé qu’on me raconte les talents conjugués de ces noms que j’épluchais, gamine, au dos des pochettes de 33 Tours sans pouvoir imaginer leur visage - sauf Quincy bien sûr, que l’on voyait de temps à autre à la télévision : Bruce Swedien, Rod Temperton, David Paich, Greg Phillinganes, Paulinho Da Costa… qui étaient ces gens de l’ombre qui fabriquaient ces sons ? J’aurais aimé lire les récits de cette fabrique miraculeuse, de cette caverne d’Ali Baba sonore où ils le côtoyaient, et qu’on me raconte ce visage que j’imaginais en train de chanter derrière le micro, tout près de mon oreille, quand je fermais les yeux… Le son était si transparent, si pur, si luxuriant, et lui, si proche, accessible, à portée de cœur… Mais rien. Que des récits bibliographiques au kilomètre et superposables à souhait.


Fin septembre, un dimanche matin où j’assistais à une cérémonie religieuse depuis l’extérieur du bâtiment, en raison de la foule, une idée m’est venue. Je n’arrivais pas à me concentrer sur ce qui se passait. Depuis 3 mois, j’étais totalement absorbée par cet événement, par cette perte. Et tout à coup, cette idée a surgi : « Pourquoi tu ne retournerais pas à la fac faire une thèse sur lui ? Sa musique est tellement riche et personne ne semble l’avoir fait dans ce domaine ». La seconde d’après, je me suis dit : « Tu es folle ! Ils vont te rire au nez ! » En effet, 15 ans auparavant, quand j’avais voulu faire un DEA puis un doctorat sur la pop music, on m’avait expliqué qu’il fallait être sérieuse…. “Il faut étudier la Musique, mais enfin, Mademoiselle !…Que pourrait-il bien y avoir d’intéressant à analyser dans tout ce “zing-boum-boum”? (petit rire cynique condescendant…)“ J’avais donc arrêté mes recherches qui portaient alors sur la critique musicale au XIXe siècle et j’avais passé les concours pour entrer dans l'enseignement. Il fallait vivre.

Ceci étant dit, en plus, on était fin septembre, les inscriptions à l’université devaient être terminées. Cette idée semblait un peu farfelue et peine perdue...


Et à ce moment-là, j’ai levé les yeux vers le ciel. Et ceux-ci ont croisé, sur le fronton de la chapelle, un triangle avec des éclairs et des 7 au milieu. Je n’y avais jamais prêté attention… Et là, j’ai eu un coup d’électricité. Je me suis dit : « Tu dois le faire ! Appelle demain ! » Et j’ai appelé. Premier appel à la Sorbonne : c’était, en effet, trop tard. Deuxième appel à Strasbourg : on m’a demandé d’envoyer mon projet de recherche et, quelques jours plus tard, ce fut un « Oui ! » sans condition.


Ce jour-là, comme certains jours de l’été qui avait précédé et beaucoup de jours qui allaient suivre, j’ai su qu’il était là. Qu’il allait m’accompagner. Qu’il ne nous avait pas laissés tomber… J’ai commencé à croire en son étoile...




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