Michael Jackson, une voix, un Tout

Dernière mise à jour : sept. 1

Michael Jackson, 12 ans au fil de ta voix #5


Le plus difficile, lorsqu'il a fallu rejoindre les bancs de l'université avec mon projet de thèse sur Michael, a été de circoncire un sujet, une problématique.

Comment dissocier l'oeuvre de quelqu'un qui l'a voulue et pensée unifiée, intégrale ? Comment découper un membre, une artère d'un corps sans l'amputer gravement et altérer son intégrité ? Comment être juste, loyale (même si ce n'est pas toujours le fer de lance des recherches menées), en occultant des angles d'approche qui, forcément, auraient apporté des pierres à l'édifice, des pistes nourricières pour une compréhension globale ?


Car ce que j'ai appris et compris, c'est que Michael Jackson est un Tout.


Durant mon enfance, je n'avais pas voulu trop gratter le vernis. Il avait ce statut quasi mythologique de héros intouchable, d'énigme, de magicien qui me convenait. Il incarnait un "tout est possible", un espoir de vie, de survie, de réussite et c'était bien ainsi. Il plaçait un horizon devant moi, une ligne de fuite et un ciel bleu infini auxquels je pouvais me connecter en pensant à lui, à ses accomplissements, à ses victoires. Même sa musique, dont j'aurais tant aimé connaître les recettes, était une énigme. Toutes les explications, tous les mythes étaient donc possibles. J'en étais volontairement restée là, et je me disais "admiratrice" plutôt que fan. J'admirais les secrets qu'il cachait, sa douceur, son caractère énigmatique qui faisaient de lui, en effet, une sorte d'ange contemporain, une extrapolation positive de la misère humaine à laquelle nous appartenions.


Je pensais encore, au seuil de l'Université, pouvoir en rester là. Dissocier l'artiste de l'homme. En découvrir plus sur le génie Jackson sans pour autant déflorer le mystère du vaporeux et insaisissable Michael... Cela n'a pas été possible. Et tant mieux.

Car j'ai vite compris que le génie était incarné par l'homme, que sa musique était nourrie par le sang de ses veines et l'air de ses poumons, que sa voix si singulière était accrochée à son corps dansant.


Dissocier l'artiste de l'homme n'était pas plus possible que dissocier la musique de la danse, la voix des instruments, la mélodie de l'harmonie, l'oeuvre du message.

Mais il a fallu trouver. Alors je me suis demandée quel était le centre de tout. Quel élément était au plus près du coeur. Et c'est la voix qui s'est imposée. N'était-elle pas, d'ailleurs, la clé de voûte de l'édifice et même de ma relation à lui ? N'était-elle pas celle qui me susurrait ses chansons, au creux de mon casque, et me faisait fermer les yeux pour imaginer ce studio qui semblait si proche, les expressions de son visage lorsqu'il chantait, le dessin que formaient ses lèvres pour prononcer chaque mot ?


Sa voix était tellement connectée à son coeur, à son âme, à ses tripes, qu'il semblait être juste à côté. A l'époque de ces écoutes, au début des années 1980 donc, j'ignorais encore les stratégies de studio mises en oeuvre pour servir cette promiscuité, pour créer cette intimité. J'ignorais à quel point personne ne trichait et j'avais raison de ne pas me poser la question et de simplement goûter, avec ma naïveté pré-adolescente, à ces parenthèses où, comme il le dirait si bien par la suite, le temps et l'espace étaient abolis... où je n'étais plus seule... où j'étais comprise par quelqu'un qui ne parlait pas ma langue... où il représentait un idéal et un espoir qui dureraient toujours, bien plus fort et plus loin que je n'aurais pu l'imaginer

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