Sur les pas de Michael Jackson à Los Angeles

Dernière mise à jour : sept. 1

Michael Jackson, 12 ans au fil de ta voix #10


Avec Matt Forger (et Michael Jackson) à Westlake studio


Il y a 11 ans, à cette époque, je préparais mes valises pour les Etats-Unis. Quelque chose dans le vent et le soleil incertains de cet après-midi m'y renvoie.

A la fin de mon long entretien avec Bruce, le lendemain de notre rencontre, dans sa belle suite de l'hôtel Bristol à Paris, il m'avait invitée à venir chez lui, en Floride. J'avais tellement peur de l'avion... et je m'étais promis, pour me rassurer, que plus jamais je n'aurais à le prendre. C'était sans compter sur Michael. Bea, elle aussi, avait proposé et insisté, alors je m'étais dit : "Il faut le faire !" Rendez-vous était donc pris pour l'été 2010.


@ Isabelle Petitjean, Los Angeles, 2010

Après 15 heures d'un vol interminable avec escale à Houston, où nous avons suivi toute la journée le soleil dans sa course, la nuit est finalement tombée en même temps que nous atterrissions à Los Angeles. Epuisée mais ne parvenant pas à dormir, je me souviens avoir relevé la tête de ma tablette, où je tentais de me reposer, pour voir, sous l'aile de l'avion, ces longues avenues lumineuses qui quadrillaient la ville et que je n'avais vues ailleurs que dans des séries télévisées.


@ Isabelle Petitjean, Los Angeles, 2010

Je me souviens aussi, en sortant de l'aéroport, avoir contemplé dans la nuit ces immenses palmiers aux troncs longilignes dont je n'avais jamais mesuré, en réalité, la hauteur faramineuse par rapport à ceux, bien connus, du sud de la France... J'avais l'impression d'être dans un décor de cinéma et j'allais avoir cette impression pendant tout mon trop court séjour.

C'était un décor privé de sa star, de son mythe. Un désert... pourtant empli de son ombre. Partout, des limousines ressemblant à la sienne, dont il ne sortait pourtant jamais.

Des posters et des couvertures de magazine à son effigie, dans quelques vitrines, son étoile sur Hollywood Boulevard, mais jamais l'espoir de le croiser, lui.



"Votre voiture de location est juste à côté ! Prenez ce bus !" avaient-ils dit au guichet, alors que je consultais le plan de la mythique Cité des Anges où je peinais à réaliser ma présence. Juste à côté, c'était en réalité 20 minutes de navette en bus. Bienvenue à Los Angeles où tout est étiré dans les grandes longueurs...

Bruce m'avait ouvert son carnet d'adresses. Sans que je lui demande. Simplement au gré de mes questions... "Pour cet aspect, tu devrais consulter un tel.... Il est un peu bizarre, excentrique, mais très gentil... Voici son numéro ! Pour ce point-là, appelle untel de ma part, il n'est plus dans la musique, mais il était là et se rappelle de tout ! etc..." Une grande générosité. Une confiance qui m'a beaucoup touchée.

C'est ainsi que j'avais, pour ce voyage, prévu trois premiers rendez-vous. A Los Angeles, avec Seth Riggs et Matt Forger et à Ocala, avec Bruce.


Dès le lendemain, en dépit du voyage, je devais honorer les deux premiers. Qu'importe ! J'étais tellement excitée que je ne ressentais aucune fatigue.

Westlake Studios, Matt Forger, Isabelle Petitjean
@ Isabelle Petitjean, Los Angeles, Westlake Studios, 2010

Matt m'attendait pour visiter les studios C & D de Westlake, où Michael avait enregistré nombre de titres de Bad, Dangerous et HIStory. Au lieu des deux heures de visite, nous y avons passé quatre heures trente. Matt était tellement gentil que j'avais l'impression de le connaître. Aucun égo, aucune distance ou fatuité d'aucune sorte : il était généreux, simple et me semblait d'une grande honnêteté et loyauté envers Michael. Jamais je ne l'ai entendu le juger ou donner une leçon sur ce qu'il aurait dû faire ou ne pas faire. A aucun moment, il n'en a rajouté, ne s'est épanché, comme j'ai pu le vivre parfois. Il a simplement répondu à tout, avec bienveillance, se creusant parfois la tête pour retrouver les détails sur lesquels je l'interrogeais : ses "Oh, Goshhh!" me faisaient rire. Et puis, il a été ému. Il a versé quelques larmes. Il m'a dit : "Tu sais, Michael, c'était un grand artiste, le plus grand sans doute. Mais c'était aussi mon ami". C'était avant que n'importe quel pékin l'ayant croisé dans les toilettes d'un studio ou d'un bar ne prenne le vice de s'autoériger "ami" de Michael Jackson et se targuer de le "connaître". Et puis, il me disait, au détour d'une cabine de mixage ou d'une salle d'enregistrement : "Tu sais, il plane encore ici. Je le sens souvent. Tu le sens ?"

Westlake Studios, Matt Forger, Isabelle Petitjean