Michael Jackson, le chaman

Dernière mise à jour : sept. 1

Michael Jackson, 12 ans au fil de ta voix #9


"Keep the Faith"

@ Renée Paul, artiste peintre, dessin aux crayson de couleurs Brunzeel sur papier cartonné couleur de la terre, 21,5 x 28 cm, 2010, collection personnelle
@ Renée Paul, Wanna be startin' somethin'

Vous connaissez, bien sûr, la chanson "Keep the Faith". Sans doute savez-vous combien Michael a souffert pour l'enregistrer : une subite et légère baisse de sa tessiture vocale lui a posé des difficultés. Il ne l'admettait pas et ne voulait pas se résoudre à baisser la chanson de quelques tons. Non pas que la mélodie atteigne des sommets particulièrement perchés, mais les aigus dans lesquels sont confinées une bonne partie des exhortations finales se devaient d'être puissants. Or, cela lui brisait la voix.

Face à ses larmes et à son désarroi, Bruce a pris les choses en main. Il était l'un des seuls, pour ne pas dire le seul qu'il écoutait à auquel il voulait bien se résoudre (parfois) à obéir quand il tapait du poing sur la table. Bruce l'a donc convaincu de rentrer chez lui se reposer en lui disant qu'ils reprendraient tout un peu plus tard.


Et un soir, Bruce et lui sont restés pour reprendre tout dans une tonalité un peu plus basse. Michael a chanté avec hargne, force, détermination, presque avec rage. Il voulait arriver au bout de cette chanson et de son message. En sont témoins les fréquentes saturations que l'on entend par moment et que Bruce a volontairement gardées sur les couplets finaux et notamment sur un "Go on!" qui continue de gronder. Michael dévorait le micro. Il avait les tripes dehors.


Mais l'histoire que je m'apprête à vous raconter et que certains d'entre vous connaissent peut-être, est bien plus extraordinaire. Elle a été racontée par l'un des collaborateurs de Michael, Brad Sundberg, lors de l'un de ses séminaires, alors qu'il évoquait justement cette chanson.


Brad a expliqué que lors d'une conférence qu'il donnait en Russie, il était accompagné par une traductrice qui doublait ses propos en direct. Ils ne se connaissaient pas avant. Au moment où il a fait entendre au public, comme à l'accoutumée, un extrait de "Keep the Faith", cette femme s'est levée subitement et a quitté la scène. Brad, surpris, a demandé à ce que son séminaire soit interrompu et marqué par une pause. Il s'est rendu auprès d'elle et l'a trouvée en pleurs. Voici ce qu'elle lui a expliqué…


Cette chanson qu'elle venait d'entendre, elle l'avait déjà entendue, une fois, sans savoir qui chantait et ce que cela voulait dire. Elle venait d'une région pauvre des pays de l'Est et vivait, à l'époque, avec ses parents, très démunis, pour lesquels, malgré tout leur amour et leur bonne volonté, elle avait l'impression d'être une charge. Un jour, alors qu'elle avait 12-13 ans, elle s'est dit qu'elle allait commettre l'irréparable, pour les soulager. Quitter ce monde tellement triste où elle ne se voyait pas d'avenir. Au moins, ils auraient un peu plus de moyens. Elle a fait couler un bain avec l'intention de faire ce que vous imaginez, et s'est enfermée dans la salle de bain. Alors qu'elle était entrée dans la baignoire et prête au pire, elle a entendu s'élever une voix depuis la cuisine où était sa mère. La radio s'était mise à diffuser cette chanson, qu'elle venait de réentendre pour la première fois et de reconnaître. "Keep the Faith". En entendant la force, la rage de vivre, la détermination qui se dégageaient de cette voix dont elle ne comprenait pas un mot et dont elle ne savait pas à qui elle appartenait, elle a été comme tétanisée. Elle s'est immobilisée, accrochée à cette onde, incapable de continuer. Elle l'a écoutée jusqu'au bout. Et elle a tout arrêté. Elle s'est dit qu'il fallait se battre, continuer à vivre, aller de l'avant. Qu'elle ne pouvait pas faire cela.

Vous imaginez ? Mais attendez…

Brad lui a demandé en quelle année cela s'était passé et quel était son pays d'origine. Je ne saurais plus vous dire lequel, mais Brad lui (et nous) a dit : "C'est juste impossible… Cette chanson n'a jamais été diffusée en radio. Nulle part et encore moins dans les pays de l'Est ou même dans ce pays en particulier". Les bras lui en sont tombés et moi, au moment où je vous écris ces lignes et comme à chaque fois que je raconte cette histoire extraordinaire, j'en ai des frissons.

La jeune femme qui était effondrée en larmes devant lui venait de comprendre qu'elle devait sa survie à Michael Jackson, qu'elle ne connaissait pas alors et dont, à l'époque, elle ne parlait ni ne comprenait la langue. Elle était là, à faire l'interprète de l'un de ses plus importants collaborateurs et un voile, un mystère, un miracle venait de lui être révélé. Ainsi qu'à nous.

Alors voilà. Combien de vie a sauvé Michael ? Au propre comme au figuré ? Directement ou indirectement ? Son génie et son caractère surnaturel sont là : dans sa capacité à transmettre un message, une émotion, au-delà des mots, par des canaux parfois inexplicables. Par sa propre ardeur à vaincre, à aller au bout de cette chanson qui lui avait donné du mal, à y mettre son sang, sa sueur, ses tripes, il avait rallumé la flamme de la vie dans le cœur de cette gamine et l'a extirpée de ce aurait dû être l'ultime minute de son existence. Cette chanson parlait de garder la foi, et elle ne le savait pas. Cette voix était celle d'un battant, et elle ne le savait pas. Cette hargne était celle qui devait lui permettre d'aller au bout de sa musique, et elle ne le savait pas non plus. Elle savait juste qu'une onde de voix, portée par une onde radio, dans un lieu et à un moment improbable, lui avait insufflé une seconde vie. Et c'était cette de Michael.

Quant à se demander comment cette chanson a résonné dans cette radio ce jour-là, là-bas, et à se demander quel chemin a conduite cette femme à devenir interprète anglo-russe et à se retrouver, en cette occasion, aux côtés de l'assistant dudit Michael Jackson faisant réentendre cette chanson ? Laissons au Ciel et à Michael leurs secrets…

Alors merci pour elle, Michael. Et merci pour toutes ces vies que tu as sauvées, soignées, accompagnées, soutenues. Pour tous ces petits et grands miracles gratuits mais Vitaux que les médias ne rapporteront jamais, mais que nous transmettrons bien plus précieusement à leur place, à nos proches, à ceux qui souffrent et pour qui tu continues d'être une lumière ainsi qu'à ceux qui refusent de te connaître, parce que même dans leurs oreilles de sourds et leurs cœurs de pierre, tu finiras par t'instiller et créer une faille…


"The power's in believing, so give yourself a chance…"